#165 Être plus libre
Un message pour la nouvelle année

En voyant les spectaculaires feux d’artifice du nouvel an proposés par les capitales du monde entier, on réalise le caractère universel de cette transition. Même si de nombreux pays ont traditionnellement d’autres calendriers, le calendrier grégorien s’est imposé partout et crée artificiellement un moment de communion mondiale.
Le nouvel an est l’expression exacerbée d’un cycle. Il ne crée pas le cycle naturel des saisons mais visualise son existence en proposant une convention commune du point zéro. Il en est ainsi aussi des mois, des semaines et des jours qui en redémarrant leurs numérotations font prendre conscience de l’existence des cycles naturels.
Cette structuration des cycles de la vie rythme notre existence pour notre bien. Elle offre un cadre propice aux bilans et aux célébrations des victoires, à la réinitialisation des trajectoires mal embarquées, aux décisions impactantes, et aux prises de conscience structurantes.
Penser aux cycles et à leur importance dans la vie, m’a conduit à trois réflexions qui tournent autour de la liberté, face aux rituels, dans nos décisions et dans nos relations.
Pour cette nouvelle année, je vous laisse donc cette incitation à rechercher plus de liberté.
Avant de commencer
Un pas dans l’inconnu a été lancé quelques semaines avant le début de la crise sanitaire en 2020.
Ce numéro 165 est donc le premier article de la septième année de cette newsletter consacrée à l’innovation, l’entrepreneuriat et le management.
Merci de votre fidélité et de vos messages qui me touchent. Merci aussi de partager Un pas dans l’inconnu avec celles et ceux de votre entourage à qui elle pourrait être utile.
Si vous êtes arrivé depuis peu, je vous invite à lire aussi les articles anciens. En effet, cette Newsletter n’est pas liée à l’actualité et les sujets abordés sont pour la très grande majorité intemporels.
Chères lectrices et chers lecteurs, je vous souhaite une excellente année 2026. Que vos vœux les plus chers soient exaucés. J’espère que la lecture de ce numéro pourra vous y aider.
Respecter les cycles
La vie n’est pas linéaire mais cyclique.
La nature cosmique et biologique nous a conditionné dès le ventre de notre mère à l’existence de ces différents cycles. Ils rythment notre vie de façon tellement banale que nous finissons parfois par les oublier, ou en tous cas par les négliger.
Un cycle n’est pas seulement une boucle qui repasse inlassablement par le même point, c’est une succession de phases porteuses de leurs propres dynamiques.
Le cycle démarre par la croissance avant d’atteindre un palier pour se terminer par un déclin.
La croissance c’est le temps du démarrage, de l’apprentissage et de la montée en puissance. Ce temps est souvent synonyme de joie, d’insouciance, d’espérance. Il se reproduit chaque jour à l’aube et chaque printemps avec le bourgeonnement et l’éclosion des fleurs.
Le palier est le temps de la maturité, de la récolte et la matérialisation des fruits de son travail. Il est associé au travail, au plaisir de récolter et à l’abondance. J’aime l’été voir le travail intensif des paysans s’affairant à la moisson jusque tard dans la nuit.
Le déclin est le temps du repos, du ralentissement et du renouvellement. Il résonne avec la morosité, les bilans, la fatigue et le repli sur soi. L’ours se prépare à hiberner, la sève ralentit et les oiseaux migrateurs commencent leur long périple.
La croissance et le palier paraissent plus attractifs. Le déclin semble moins excitant, mais il est pourtant très utile. Sans ce temps de repos et de préparation, un nouveau cycle n’est pas possible. Sans lui, la vie serait épuisante et s’apparenterait à une course effrénée.
Depuis la crise du COVID, le sujet de la santé mentale au travail est devenu une cause nationale. Même chez les sportifs de haut niveau, il est maintenant acceptable de parler de burn-out.
Le burn-out dont les formes sont sans doute très variées et liées à des causes qui peuvent être bien différentes, me semble toutefois indiquer une perturbation des cycles naturels. En ne respectant pas les rythmes biologiques, le corps dit stop. En ne prenant pas au sérieux le temps de déclin nécessaire au ressourcement, le cerveau dit stop.
Même s’il existe plusieurs situations de burn-out, celles liées au travail sont les plus fréquentes.
Les raisons sont peut-être à chercher dans le fait que le monde du travail ne prend pas réellement en compte les cycles et ne s’est pas structurellement organisé pour laisser se développer des cycles sains.
Les entreprises sont organisées pour la phase palier des cycles. Il faut produire constamment et de façon la plus efficace. Le rendement, la productivité n’aiment pas les cycles. Ils préfèrent la constance, voire la progression permanente.
L’étape de croissance est souvent bâclée car jugée non productive. Le temps de la réflexion, de la maturation, de l’apprentissage est insuffisamment valorisé car il faut bientôt rentrer en production. Cette tension vers la finalité productive épuise celles et ceux qui ont besoin d’un temps de digestion des idées, des concepts, des changements et qui se retrouvent donc souvent sous pression dans une entreprise productiviste.
Le temps du déclin est lui souvent inexistant ou réduit à sa portion congrue. Comment imaginer une entreprise performante se mettre en phase de repli sur soi pour se ressourcer et repartir de plus belle ?
Respecter les cycles, c’est aussi prendre le temps du bilan, le temps de la préparation, le temps du renouveau pour offrir à ses équipes un second souffle et un ressourcement.
Les cycles ne sont pas des rituels
Les cycles fonctionnent avec des repères.
Quand le soleil se couche, on sait que la journée s’achève. Quand les feuilles tombent, on rentre dans la période d’hibernation.
Dans l’entreprise aussi, les repères jalonnent la vie du travail et des projets : entretiens annuels, NAO (Négociations Annuelles Obligatoires), pose de la première pierre, milestones du projet, inauguration, préparation du budget annuel, assemblée générale, réunion d’équipe du lundi, pause café, repas de Noël, catalogue annuel des produits, nouvelle carte d’été, feuilles d’heures hebdomadaires ou mensuelles, séminaire d’équipe, sirène de sortie d’usine, …
Qu’ils soient formels, informels, obligatoires, universels ou particuliers à la culture d’entreprise, propres à un service ou applicables à toute l’entreprise, ces repères marquent les cycles et permettent de se situer dans la dynamique du travail.
Ils créent une culture commune, un socle pour la vie sociale, une trame partagée de l’organisation du travail. Ils sont donc nécessaires, utiles et permettent à chaque employé et en particulier les nouveaux de s’insérer dans la marche collective.
Mais ils présentent aussi un grand danger. Quand les repères cycliques sont trop nombreux, trop formels, trop figés, ils étouffent la créativité et les initiatives individuelles. Tel le hamster dans sa roue, le salarié se trouve entraîné dans un enchaînement bien huilé de repères successifs, qui se répètent d’années en années. A la longue, cette routine ankylosante et lénifiante peut démotiver les salariés et même dans le pire des cas tuer l’entreprise.
Les cycles se répètent, c’est leur essence. Cela ne signifie pas pour autant que le même chemin doive être suivi exactement à chaque cycle.
Les entreprises de média adorent les marronniers, ces sujets qui reviennent d’année en année et sont traités de la même façon à chaque fois, tout en ne présentant quasi aucun intérêt. A quoi sert-il de faire chaque année un sujet sur l’achat des fournitures de rentrée, ou la confection des bûches de Noël ?
Les entreprises de tous secteurs peuvent aussi avoir leurs marronniers. Le salon auquel on participe chaque année sans jamais faire un bilan de son utilité, la promotion du black friday dont on ne mesure pas le retour sur investissement, ou la rituelle réunion du lundi matin où tout le monde écoute d’une oreille distraite en lisant ses emails, sont quelques exemples qui vous parlent certainement.
Quand les repères cycliques deviennent des rituels, il est temps de se réveiller.
Un rituel est un protocole répété presque religieusement dont on ne sait plus très bien comment il a commencé et à quoi il sert vraiment, mais que personne n’ose vraiment remettre en cause. Il est alors servi chaque semaine, chaque mois, chaque année comme une obligation qui remplit le calendrier, évite de se poser des questions et de sortir des sentiers battus.
Comme le vieux pull qu’on continue de mettre car on s’y sent confortable, le rituel rassure, donne l’illusion du devoir accompli et maintient une forme de consensus social.
Il faut du courage au dirigeant, au chef de service ou à un simple salarié pour oser poser la question du pourquoi de ce rituel. Ce courage s’avère bien souvent salutaire.
Pendant des années, nous faisions comme dans beaucoup d’entreprises la sacro-sainte réunion du lundi (qui fut un temps le vendredi). Certes, nous en revoyions tous les deux ou trois ans la structure, le rythme, la durée, l’animation. Mais rapidement, la routine s’installait à nouveau.
Un jour, j’ai osé proposer de la supprimer. Nous l’avons remplacée par cinq réunions annuelles plus longues, dont l’organisation est confiée à chaque fois à une équipe de 3 collaborateurs de différents services qui en proposent le déroulé, le contenu et les méthodes d’animation. Résultat des courses : la créativité est libérée, la motivation est décuplée, le plaisir est renouvelé, les ordinateurs et les téléphones restent éteints et la participation est engagée. Le rituel est redevenu un repère, un moment fort du trimestre et un vrai temps de cohésion.
Au moment de commencer l’année, prenons un temps pour identifier nos rituels stériles et sclérosants pour les remplacer par des vrais repères qui marquent les cycles de façon positive. En se libérant des rituels, la motivation augmentera et la vie reprendra sa place.
Décider mieux
Nous prenons 35 000 décisions par jour. Heureusement, la très grande majorité de ces décisions se font de façon inconsciente sans quoi nous aurions une charge mentale insoutenable.
Décider de façon consciente est le métier de l’entrepreneur et du manager.
Comme toute décision impacte l’avenir et le devenir de l’entreprise, bien souvent de façon importante, les entreprises sérieuses ont mis en place des processus décisionnels. Suivant l’aversion plus ou moins prononcée au risque des dirigeants, ces processus décisionnels sont plus ou moins lourds et plus ou moins délégués.
Jeff Bezos, le très emblématique fondateur d’Amazon distingue fort justement deux types de décisions : les “one-way doors” ou décisions irréversibles, et les “two-way doors”, les décisions qu’il est facile d’inverser.
Adapter le processus décisionnel de l’entreprise en fonction du type de décisions à prendre est vital pour l’agilité de l’entreprise et sa capacité à maîtriser les cycles de projets.
Les “two-ways doors”, les plus nombreuses sont peu risquées. Elles doivent être prises rapidement par un individu seul ou une petite équipe au bon niveau opérationnel. Ces décisions permettent de lancer un nouveau cycle de projet avec une phase de conception, de prototypage, avant une phase de déploiement ou d’expérimentation grandeur nature sur le terrain. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’un bilan pourra être fait et qu’en fonction du résultat, il pourra être éventuellement décidé de tuer le projet et de repasser la porte pour revenir à la situation initiale, riche toutefois d’une expérience supplémentaire.
Les entreprises maîtrisant les décisions “two-way” sont généralement les plus innovantes car elles autorisent de nombreux cycles de projets et de nombreuses itérations autour de la recherche d’une solution.
Elles sont aussi les plus motivantes pour les salariés car ils y voient une marge de manœuvre réelle et comprennent que la prise de risque est autorisée.
A l’inverse les “one way doors” nécessitent un temps de maturation important, une analyse plurielle des conséquences, une confrontation importante des différents points de vue et un processus rigoureux de définition des critères de décisions.
Ces décisions sont à l’origine de ruptures, de changements drastiques non réversibles et ne correspondent plus à des cycles classiques. Elles ouvrent souvent des ères nouvelles, qui vont elles-mêmes initier une nouvelle série de cycles.
A l’aube de cette nouvelle année, et face à l’incertitude ambiante, l’important n’est pas de prédire, mais de décider. Pour un dirigeant, bien décider c’est décider moins en déléguant la plupart des décisions réversibles et se concentrer sur les décisions irréversibles qui impacteront durablement l’avenir de l’entreprise. Retrouver de la bande passante en lâchant les décisions sans enjeux majeurs, c’est être plus libre pour se consacrer à l’essentiel.
S’abandonner, aimer, pardonner
Je lis chaque semaine la newsletter de Jean de la Rochebrochard, le gestionnaire du fonds d’investissement de Xavier Niel, que je vous recommande vivement.
J’ai été touché par la profondeur et la justesse de son dernier billet en date du 30 décembre. Je m’en suis très fortement inspiré pour écrire les lignes suivantes.
L’exigence de réussite, la pression des décisions à prendre, le stress lié aux incertitudes, le désir de plaire occupent nos pensées, mobilisent nos réflexions, épuisent notre énergie, pour finalement dessécher notre être profond.
Nous avons alors le sentiment de n’être plus que le pâle reflet de nous-mêmes, la version minimale de notre vrai potentiel, une marionnette désarticulée qui gigote nerveusement.
Jean nous invite alors à retrouver notre âme.
Cette incantation à se retrouver, retrouver son âme est courante mais rarement il est proposé un chemin aussi clair que celui que Jean nous offre pour bien démarrer l’année. Il propose trois étapes :
s’abandonner, lâcher-prise : pour se retrouver, il faut d’abord déposer le fardeau qui pèse sur nos épaules, celui des responsabilités, des engagements trop lourds, des attentes trop exigeantes que nous attribuons à notre entourage. Lâcher prise c’est accepter que nous ne sommes pas des surhommes ou des robots, que l’imperfection n’est pas mortelle, que la vie est plus que l’atteinte d'objectifs ambitieux. S’abandonner c’est accepter notre fragilité, notre petitesse, notre insignifiance. C’est à ce prix que nous entendrons notre âme.
aimer : l’amour est un don et non une transaction. L’amour est inconditionnel et c’est en cela qu’il est libérateur. Aimer l’autre c’est retrouver sa raison d’être, c’est exercer la mission principale de l’humanité. Pour bien aimer son prochain, il faut d’abord s’aimer soi-même, s’accepter tel que nous sommes et prendre soin de nous-mêmes. Car c’est lorsque nous serons bien que nous pourrons bien aimer les autres.
pardonner : ce n’est pas le genre de mots souvent utilisés dans le cadre professionnel. Pardonner est pourtant un acte essentiel des relations. Pardonner ce n’est pas rembobiner le film et faire comme si rien ne s’était passé. Pardonner c’est casser le cycle infernal de la vengeance, du ressassement malsain des blessures causées par l’autre. Pardonner c’est libérer son âme de la spirale toxique des ressentiments et retrouver la légèreté de son âme et la joie de vivre. Mais pardonner doit aussi être réflexif. Se pardonner ôte la culpabilité qui empêche d’agir et permet un nouveau départ malgré la faute. Au lieu de rester au fond de sa geôle, se pardonner restaure la liberté d’action.
Ce chemin très personnel ne figure pas dans les livres de management ou les livres d’entrepreneuriat. Il est pourtant hautement pertinent. Bon nombre d’échecs entrepreneuriaux ou managériaux sont dus à des conflits non résolus, des haines cultivées au point d’empêcher toute coopération, ou des incapacités à lâcher prise quand c’est pourtant la seule chose à faire.
Quoi de plus beau que la liberté comme vœux pour cette nouvelle année.
Soyons donc libérés de nos rituels, des décisions qui ne devraient pas nous arriver et surtout libérons nôtre âme de tout ce qui l’alourdit.
Et pour finir, je cite Jean de la Rochebrochard, car je ne peux dire mieux.
Abandonnez-vous, afin de pouvoir aimer.
Aimez, afin de pouvoir pardonner.
Et pardonnez, afin d’être enfin libre.
La minute d’informations
Je me permets de partager ici des informations ou activités sans liens avec le thème de l’article, mais dans lesquelles je suis impliqué.
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