#167 Devenir soi-même
Un processus qui demande action et moments de lucidité

Je puise l’inspiration des articles de cette Newsletter dans le vécu de la semaine : les discussions, les rencontres, les échanges, les lectures, les situations.
Il s’en dégage parfois un message fort que je développe pour vous le partager, en l’enrichissant de recherches et de lectures, d’exemples parfois suggérés par l’intelligence artificielle qui est bien plus efficace pour cela qu’un moteur de recherche.
C’est encore de cette façon qu’en repensant aux situations récentes pourtant hétéroclites au départ, j’ai tiré un fil rouge intéressant.
Un conseil d’administration consacré à la gestion d’une situation délicate, des échanges mail avec un entrepreneur, une séance de coaching avec une entrepreneuse, une formation sur le leadership au sein de notre incubateur, des pitchs de startups en forte croissance devant la préfète de la Mayenne, une émission TV et un vernissage d’expo sont des instants de vie personnelle et professionnelle dont je tire pour vous les leçons développées dans cet article.
Bonne lecture.
Être soi-même
Cette injonction à être soi-même souvent utilisée dans le développement personnel est sans doute galvaudée.
J’en ai moi-même fait le titre d’un de mes articles, il y a plus de 5 ans (UPI#41) !
Mais qui sommes-nous vraiment ?
“Être soi-même” suppose avant toute chose que nous sachions qui nous sommes vraiment !
Et c’est là que commence la difficulté.
Nous savons tous décliner notre identité, raconter notre histoire, décrire notre métier et nos passions. Mais lorsqu’il s’agit de faire une introspection pour analyser son caractère, ses pulsions, ses désirs profonds, les choses se compliquent et l’image devient plus floue.
Il faut souvent des années pour comprendre ne serait-ce qu’un aspect de sa personnalité.
Lors de la formation au leadership cette semaine, nous devions exprimer ce qui dans notre personnalité expliquait notre légitimité à conduire notre projet.
A 8 ans ou 10 ans peut-être (je ne sais plus car c’est bien loin !) j’étais trainé à la piscine mais je n’aimais pas vraiment cela. Au lieu de profiter pleinement de ce moment, je préférais rêvasser sur le bord.
C’est ainsi qu’un jour, je me suis mis à fabriquer une maquette de la piscine municipale.
Cette anecdote insignifiante a pris son sens presque 50 ans plus tard dans une formation au coaching, lorsque le formateur nous a demandé de dessiner notre parcours de vie.
Il m’est alors apparu soudainement (mais cela à quand même pris 50 ans) que la cohérence la plus marquée de mon parcours depuis cette maquette, c’était la construction à partir d’une page blanche. Toutes les étapes de mon parcours scolaire et professionnel ont été guidées par le désir de partir de rien et de construire quelque chose. C’est ce qui m’a toujours animé et qui m’anime encore.
Coacher des entrepreneurs dans l’innovation est donc fondamentalement cohérent avec ce que j’ai toujours été. Il m’a juste fallu 50 ans pour y mettre des mots et comprendre que tout ce que j’avais fait avait un sens.
Pendant toutes ses années, j’étais moi-même sans savoir qui j’étais vraiment. J’ai malgré tout de la chance puisque sans le savoir, j’ai avancé sur le sentier qui m’était destiné.
Ce n’est malheureusement pas forcément le cas de chacun. Certains ressentent cet inconfort de marcher à côté de soi-même sans toutefois comprendre qui ils sont vraiment.
Devenir soi-même
L’enjeu réel, n’est donc pas d’être soi-même, qui est un état qui peut nous être inconnu, mais de devenir soi-même qui est un chemin, une destinée.
J’ai entendu il y a quelques jours sur L’Équipe 21, le témoignage très fort de Jérôme Alonzo. A la fin des années 90, Jérôme Alonzo est le jeune gardien de but de l’Olympique de Marseille. Un jour l’entraîneur Gérard Gili le prend à part et lui fait clairement comprendre que ses coéquipiers sont en train de le lâcher, de perdre confiance en lui. Il lui explique que soit il comprend très vite ce que signifie être le gardien de l’OM, soit sa carrière est terminée. Il n’est pas ici question de gestes techniques non maîtrisés, mais d’attitude.
Cet instant cristallise une prise de conscience forte et il accepte la proposition un peu particulière de son entraîneur. Pendant deux semaines, Jérôme Alonzo vient seul tous les après-midi au stade avec Gérard Gili et l’entraîneur des gardiens. Voici ce qu’il dit de ces séances : “Il m’a appris à changer d’attitude. […] L’entraîneur m’a dit “je veux que tu deviennes méchant, je veux que tu changes ta manière d’être sur un terrain.” […] J’ai passé deux semaines sur un terrain à crier. […] Cette semaine là a changé ma saison et le cours de ma carrière.”
En conclusion Jérôme Alonzo fait le constat qu’après ces deux semaines, il n’était plus lui-même. En réalité, et c’est là que c’est très fort, il est devenu lui-même, en faisant sauter les murs qui l’avaient enfermé dans une personne timide et en retrait, manquant de confiance en lui.
Devenir soi-même c’est se rapprocher de ce qui est au plus profond de nous et que nous ignorons, et/ou que nous refoulons pour tout un tas de raisons souvent difficiles à démêler et à comprendre.
Il faut souvent un catalyseur
Sans la franchise de son entraîneur et son intuition, Jérôme Alonzo ne serait pas devenu ce qu’il a été. Sans Denis Troch et la formation que j’ai suivie avec lui, je n’aurais peut-être pas encore compris qu’elle était la cohérence de ma vie.
Les autres au travers de leurs mots parlés ou écrits, les circonstances, les accidents sont autant de catalyseurs qui tels un ostéopathe qui réaligne le corps, remettent d’aplomb nos vies et nos destinées.
Lors de la formation au leadership cette semaine, une entrepreneuse laisse une zone d’ombre sur son parcours, ce qui amoindrit la puissance de son pitch. La formatrice la pousse dans ses retranchements et nous finissons par comprendre qu’elle refuse d’intégrer certains éléments de son expérience, car ils ne sont pas alignés avec son projet, c’est du moins les remarques que des gens ont pu lui faire. C’est pourtant ce qui donne à son projet et à sa trajectoire personnelle toute la singularité qui peut devenir sa force et nous le lui disons avec conviction. Espérons que ce moment pourra être le catalyseur du réalignement.
En visitant le vernissage de mon ami Vanluc ce week-end, il me partage une citation de Déborah Garcia dans son livre “Tous mes hasards se ressemblent” : “Le déclic n’est rien d’autre qu’un moment de lucidité.”
Le catalyseur permet ces déclics qui ouvrent une fenêtre de lucidité et nous permettent d’accéder à notre vraie personnalité.
L’action rapproche de sa destinée
La semaine passée, nous avons invité la nouvelle préfète de la Mayenne à venir nous visiter et à rencontrer quelques-unes de nos startups.
Nous avons bien sûr choisi des startups travaillant sur des sujets qui pouvaient l’intéresser, mais aussi des startups ayant des trajectoires de réussite.
L’une d’elles fondée il y a quelques années par une jeune étudiante est maintenant une entreprise en croissance exponentielle. Je ne l’avais pas entendu pitcher depuis au moins deux ou trois ans.
J’ai été bluffé par la transformation qui s’est opérée dans son attitude : confiance, clarté, vision, ambition, maîtrise absolue de son sujet, …
Il est évident qu’elle n’aurait pu mûrir à cette vitesse si elle n’avait pas un jour décidé d’oser croire qu’il était possible de créer une entreprise innovante sur un sujet pourtant difficile et décidé de passer à l’acte.
C’est dans l’action, la confrontation au terrain, aux échecs, aux difficultés qu’on peut s’affirmer, trouver en nous les réponses adaptées et singulières.
Tel un jeu de ping-pong, l’action modifie le réel, et le réel en retour façonne notre personne. De même que la pâte ne se façonne qu’au travers du pétrissage, la personnalité ne se dessine qu’en se confrontant à la rugosité du réel.
L’entrepreneuriat est donc une voie royale pour affiner sa personnalité et devenir soi-même.
On ne se construit que dans la vérité
Beaucoup de gens éprouvent des difficultés à dire les choses en face et à exprimer ouvertement ce qu’ils pensent. Ils préfèrent fuir la confrontation, taire leurs positions, parler par derrière ou esquiver leurs responsabilités.
J’ai encore été en relation cette semaine avec un entrepreneur dont j’apprends toujours par la bande qu’il n’est pas satisfait de telle ou telle situation et qui en face ne dit jamais rien.
Ayant appris par quelqu’un d’autre ce qu’il avait pu exprimer dans mon dos, je l’ai confronté à cela et même à ce point acculé, il a nié et affirmé que tout allait bien.
Comment peut-on devenir soi-même sans jamais se frotter aux autres sur les points de divergence ? Comment le couteau pourra-t-il devenir aiguisé s’il n’est jamais poli par la meule ?
La confrontation des idées, des points de vue, des croyances, la capacité à dire non ou à oser prendre la parole pour s’opposer, le courage d’exprimer un avis qui peut fâcher sont autant de situations et d’attitudes qui nous aident à comprendre qui nous sommes et qui nous permettent de devenir véritablement nous-mêmes.
En gardant pour nous nos opinions, et en n’exprimant pas ce que nous pensons vraiment, nous vivons une vie intérieure différente de l’image renvoyée. Cette double-vie empêche de trouver qui nous sommes vraiment.
Sur le long terme, cette duplicité affaiblit considérablement la portée des actions et la puissance de la destinée. Elle ne peut qu’engendrer de la frustration et de la rancœur.
En accumulant des ressentis qui ne peuvent être dits, la tension intérieure augmente, et la paix intérieure ne peut s’établir.
Un beau métier
J’ai la chance depuis plus de 20 ans d’accompagner des entrepreneurs à se réaliser. Les moments que je préfère sont ceux où je perçois le chemin étroit qui permet de réaligner la personne et son projet.
Cela peut se faire en twistant le projet pour l’aligner avec la personne qui exprime de tout son être ses aspirations sans forcément trouver comment le traduire concrètement dans le projet.
Cela peut aussi demander de ne rien changer au projet, mais de conscientiser une nécessité de changement de posture comme ce fut le cas pour Jérôme Alonzo.
Cela m’est encore arrivé cette semaine et c’est toujours un plaisir.
Puissiez-vous devenir vous-même et rencontrer celles et ceux qui vous y aideront en provoquant un déclic salvateur.

